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La Flamme sur la bougie - Tome 2

la Souffrance.

J'ai eu la chance de pouvoir vivre un court moment la souffrance sans espoir.

Durant une petite semaine, un antibiotique s'est révélé être inefficace pour me soigner.

La douleur due à l'infection était alors très vive, lancinante, ininterrompue jour et nuit.

Au début, patience, l'antibiotique va agir..

Une première nuit sans dormir, à cause de cette douleur, puis une journée, puis une autre nuit, puis, puis ...

Pour couronner le tout, un mal de tête inexpliqué ne me quitte pas durant cette épreuve.

Même les soins magnétiques sont sans effet, et mes demandes résonnent dans le vide.

Je me sens abandonné avec ce mal de tête qui m'empêche de réfléchir.

Une petite semaine avec ces nuits sans dormir et ces jours dans l'attente d'une réaction qui ne vient pas.

Le médecin qui me dit de patienter, qu'il est trop tôt pour changer de traitement.

Je suis incapable de prendre une décision, je rejette sans savoir pourquoi les conseils de mon épouse, c'est incohérent.

Puis je souffre de plus en plus vivement, c'est incompréhensible, rien ne me soulage très longtemps.

Je perds l'espoir, ce mal de tête sans cause apparente continue, tous les essais que je fais pour me soulager restent sans effet, la douleur est permanente, pas moyen de réfléchir.

Jusqu'à ce que je touche enfin du doigt la désespérance.

Alors le voile se déchire, je pense, à la limite du désespoir, que la douleur ne me quittera jamais, que cette souffrance sera permanente.

Toucher du doigt la souffrance comme d'autres en souffrent, afin de les comprendre, que ce soit physique ou moral, voilà donc le message.

Une semaine pour comprendre, pour toucher du doigt les sensations de la personne qui souffre dans son corps ou dans son âme de manière permanente, sans espoir de rémission.

Il me revient alors en tête une petite phrase.

Une petite phrase, dite très récemment par une personne imprévue

Je dis imprévu, car nos points de vue sont si souvent différents.

Et c'est elle qui me donne la clé!.

"Quand on est malade, c'est qu'on a quelque chose à apprendre, voilà ce qui se dit"

Le message était donc là, simplement, il me fallait apprendre, le vivre pour comprendre.

Toucher du doigt la profondeur du désespoir quand tout semble définitif, quand il semble que le mal n'en finira jamais.

La tentation est alors grande de succomber au premier espoir qui passe, même si l'on sait qu'il porte en lui pire encore.

Comme la drogue qui soulage un instant mais plonge chaque fois dans un état pire encore.

Quand la souffrance est là, implacable, elle mobilise tout l'esprit par son insistance, empêche toute réflexion, fausse le jugement.

Cette souffrance physique ou morale peut avoir alors l'intensité qui pousse à l'acte désespéré.

Ah! ils sont bien loin les conseils :

"il faut réagir", "prendre sur soi", "c'est une question de volonté", etc, etc

Tout disparaît devant la souffrance qui ronge, qui ôte la volonté même de s'en sortir.

L'entourage peut faire quelque chose, malgré les refus, malgré l'agressivité, malgré les insultes.

Soulager une infime partie de la souffrance, admettre sans comprendre, avec abnégation.

Accompagner, sans abandonner, savoir être là, tout simplement.

Toute souffrance peut se soulager, avec amour et sincérité.

Rester détaché car souffrir soi-même n'est pas la solution.

Sa propre souffrance n'enlève rien à celle des autres, il n'est jamais réconfortant de voir souffrir autrui.

Pour aider, il faut donc être soi-même bien dans son corps et bien dans sont esprit.

Aimer, aimer en restant détaché pour ne pas ressentir la souffrance, donner sa joie et son bien être sans attendre de retour.

Par son attitude, plus que par ses paroles, montrer la voie autant qu'il est nécessaire.

Alors un déclic se produira, insensiblement, puis de plus en plus fort.

Chaque souffrance porte en soi une part d'enseignement et la lumière sort de l'épreuve.

Je repense alors à ces combats menés pour aider à tout prix.

Par découragement, j'ai si souvent lâché la main en cours de route.

Je me suis souvent trompé de combat, croyant avoir tout essayé, souffrant moi-même de trop aimer au point d'en être aveugle.

Sans comprendre que l'autre est différent et que sa réaction est différente, qu'il faut l'aider pour lui-même et non pour soi-même.

Etant trop proche et pourtant si loin à la fois, aveuglé par manque de recul et ne rien voir en car trop loin de leur monde.

Je peux imaginer aujourd'hui leur souffrance.

Cette souffrance morale, augmentée par la pression que j'ai exercée moi-même sur eux, "pour leur bien".

Cette souffrance morale permanente qui n'en finissait pas, qui n'en finirait jamais.

"On sait que tu as raison mais laisse nous vivre!"

Leur besoin d'évasion.

Comment comprendre et accepter les "erreurs".

Que c'est difficile, qu'il est dur ce chemin, je voulais toujours vous tenir par la main, vous éviter de tomber, cette main qui était devenue pour vous une chaîne, une obsession.

J'ai pu toucher du doigt, à travers cette simple souffrance physique, combien une souffrance spirituelle peut être grande.

Elle ne se soigne pas avec quelques plantes ou molécules chimiques appropriées.

Elle se soigne quand on en voit la fin.

Elle disparaît quand on comprend qu'elle est passagère.

J'ai déjà dit que pour aider il faut être bien dans son corps et bien dans son esprit.

Comment être bien dans son esprit si l'on est trop proche, si l'on souffre soi-même en retour?

Comment être bien dans son corps si on le néglige pour se consacrer à autrui ?

Il faut avoir le détachement nécessaire, se soigner d'abord soi-même, pour être au mieux de son bien-être et de sa réflexion.

Soigner toutes nos petites douleurs "qui peuvent bien attendre", mais qui nous agacent et nous rendent moins disponibles.

Et tout ce passé qui nous a fait souffrir, que nous ressassons, il rejaillit sur nos proches comme autant d'accusations.

"Ah si vous aviez connu ce que j'ai enduré"

Alors, libérons-nous, ne faisons pas subir aux autres l'expression de nos souffrances passées.

Le passé ne doit être qu'expérience.

Il convient de s'y référer avec parcimonie, car les circonstances ne sont plus les mêmes.

Le pardon doit venir du fond de nous et tenir compte de toutes les circonstances qui ont entouré l'événement dont nous avons souffert.

Le pardon nous libère.

Chaque être est différent et on ne peut calquer un comportement d'une autre époque ou d'un autre être.

Il convient d'être très lucide à ce sujet.

Alors patience, ce qui sera sera, conséquence de nos actes et de ceux qui nous sont proches ou éloignés, dans la joie ou dans la souffrance.

Nulle souffrance physique ou spirituelle n'est définitive.

Quand nous touchons le fond du désespoir, que le bout du tunnel est si éloigné que nous ne le voyons plus, rappelons-nous que tout peut changer.

Avec l'espoir vient le réconfort, puis le soulagement de la souffrance.

Rien n'est sans issue, il faut être confiant et éclairé pour entrevoir des solutions qui semblaient inaccessibles.

Confiance et patience, lucidité.

Tout vient à point, la souffrance doit permettre d'accéder à la lumière, à la compréhension.

Il y a tant de besoins et tant de chemin à faire, tous les jours nous progressons, des jours plus, des jours moins, mais nous allons dans le bon sens.

Ce qui est incompréhensible aujourd'hui le sera demain, ou plus tard, la lumière viendra, il suffit de demander.

Cette petite semaine de souffrance aura amené beaucoup de lumière en moi.

J'espère vous l'avoir fait partager.

 

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