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La Flamme sur la bougie - Tome 4

Tolérance de l'imperfection.

Notre ego nous joue des tours, j'ai mis du temps à en prendre conscience, et encore...

Dans ma jeunesse j'ai toujours été considéré comme maniaque à cause de mon souci du détail.

Le moindre défaut me sautait littéralement à l'œil et je m'attirais souvent les foudres de mon entourage.

En effet, chaque vêtement ou objet nouveau, présenté avec plaisir, faisait presque toujours l'objet de ma part d'une petite remarque : "tu as vu, il y a un petit défaut !".

Ce petit défaut, que personne n'avait vu, prenait pour moi plus d'importance que l'objet lui-même et il fallait que je le dise, non pour blesser, mais simplement par souci du détail.

Du coup, l'objet perdait de sa valeur et je faisais tomber l'enthousiasme sans l'avoir voulu.

Mon souci de la perfection me cachait la réalité des choses.

Je me justifiais en disant que ne rien dire serait de l'hypocrisie.

Nullement conscient d'avoir nuit, aveuglé par mon intolérance.

Aujourd'hui avec le recul, je sais qu'il y a plus important.

Aimer les choses pour ce qu'elles sont et non pour ce qu'elles devraient être de manière idéale.

Il est loin le temps ou l'on se suicidait pour une sauce manquée ou pour des étriers oubliés sur une statue équestre.

Cette époque magnifiait le beau, avec force détails et enluminures.

Toute chose fabriquée était alors œuvrée, ornée pour être aussi belle qu'utile.

Grâce à une foule de détails, l'œil se porte sur la beauté du travail réalisé.

Il faut une attention minutieuse pour ne rien manquer de l'œuvre.

Notre début de siècle fut ensuite confronté à des guerres, puis à l'après guerre.

La reconstruction et la rapidité de production devint une priorité.

Des cerveaux bien instruits calculèrent les plus courts chemins, la parcellisation des taches, la production rapide.

Dans ce contexte, chaque production parcellaire ne peut se permettre la moindre déviation sans risquer de compromettre sa place dans l'ensemble calculé au plus juste.

C'est aussi la fin de la créativité des ouvriers, la fin de leur motivation, et leur stimulation doit alors être trouvée ailleurs, c'est à dire par le salaire ou par l'autorité.

Le libre choix existe-t-il encore ?

On ne peut se permettre de perdre un salaire juste suffisant.

C'est l'époque des petits chefs, des abus d'autorité.

Ce retour à la soumission forcée, pour ne pas dire esclavage, produira une génération plus tard les grèves et rebellions.

J'ai donc vécu mai 1968, cette époque de "ras le bol des chefs", où le travail signifiait avant tout produire et se taire, "pour notre bien être".

Cette époque charnière, qui engendre pour certains le refus de ce confort, le retour a la nature, le refus des contraintes.

Cette époque qui nous amène à la tolérance, d'autres valeurs sont en marche.

Quelle importance si deux chaises sont dépareillées, quel affront cela fait-il à notre environnement, l'important n'est-il pas de s'asseoir tout simplement.

Quand je repense à ma maniaquerie, j'ai un peu évolué, tout de même, même si le souci du détail me joue encore quelques tours.

Je fais maintenant attention à ne pas emm... les autres.

Alors je regarde plus sereinement notre époque.

Nous sommes actuellement dans un système qui a complètement dévié.

La technique est si rapide que nous n'avons plus le temps de stabiliser les choses avant qu'elles ne soient dépassées.

Les informations sont fournies de manière beaucoup plus abondante mais dans le même temps leur fiabilité n'est plus assurée.

Tout ce qui nous entoure est techniquement plus avancé et en même temps nous ne concevons plus les biens pour durer.

La fiabilité dans le temps n'est pas assurée.

Jusqu'où pouvons nous aller dans ce mouvement ? Quel degré d'imperfection devrons nous subir avant de réagir ?

Un nouvel ordre reviendra peut-être, organisé par de nouvelles générations désorientées par l'absence de repères pré établis.

A moins que ces nouvelles générations, à l'aise dans cette mouvance pour y être nées, amplifient encore ce mouvement.

Iront-elles jusqu'à la prise en compte de l'essentiel à l'état brut au détriment de tout superflu.

Cet essentiel sera alors matériel ou spirituel, aller vers le confort du corps ou vers le bien être de l'esprit, ou vers les deux simultanément.

Se détacher des choses qui n'ont après tout pas d'importance vitale, quelle liberté !

Pour l'instant, quand nous suivons le chemin de l'intolérance et de la perfection, nous nous imposons des contraintes inutiles.

De plus, nous en imposons également à ceux qui nous entourent, sans autre justification que notre propre envie du parfait.

Il est donc bien de notre ressort d'améliorer le bien être de ceux qui nous entourent en leur lâchant les baskets.

Toutefois, la tolérance de l'imperfection ne doit pas être un état de démission ou l'on accepte tout sans discerner ce qui est préjudiciable.

Il est de la perception de chacun de se situer, et de trouver sa marge afin que l'imperfection n'amène pas de désagréments inacceptables.

Ne pas blesser par intolérance, accepter l'imperfection, prévenir pour ne pas en subir de désagrément.

Nul n'est parfait.

Ils me semblent bien désuets tous ces protocoles d'un autre âge, toutes ces conventions, couteau à droite, fourchette à gauche, etc...

Il est des règles qu'il est bon de suivre, dans l'intérêt commun, mais il est plus important de les faire comprendre que de les imposer.

 

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